Gros consommateur de la « nuit » caennaise sous toutes ses formes, je me suis rendu, hier soir au Trappist pour une soirée Disco d’apparence anodine. Me serais-je retrouvé dans un autre bar, j’avais toutes les chances d’y entendre la même rumeur, le plus souvent à voix basse, comme s’il ne fallait pas réveiller Voldemort ou le mauvais œil ! Il s’était donc passé quelque chose à Caen, dans cette belle endormie ? Il n’en fallait pas plus pour réveiller le « concierge » de cette nuit caennaise que je suis…

Un simple coup d’œil sur la presse locale, ce samedi matin, officialise en quelque sorte la rumeur : une vaste opération déclenchée par la préfecture a frappé les lieux incontournables de la vie nocturne de notre petite …préfecture. Jeudi soir donc, la police, avec le soutien de la douane, de l’Ursaff, des finances publiques et de la Sacem, la préfecture enclenche une belle opération destinée à rassurer l’honnête citoyen. https://actu.fr/normandie/caen_14118/police-et-douanes-dans-les-bars-de-caen-du-tabac-saisi-et-du-personnel-non-declare_63472275.html

Qui oserait revenir sur la légitimité d’une telle opération coup de poing ? Les services de l’État nous protègent et veillent à l’application des lois, des normes et nous pouvons dormir sereinement. Sur le papier, ça roule… 

Vendredi soir donc, une nuit après le petit scénario far-west, je me retrouve au sein d’une « nuit » caennaise encore toute chamboulée par cette démonstration musclée. Une descente policière en plein Beaujolais nouveau, on dirait presque l’annonce d’une soirée «  nous vous invitons à vivre en direct le quotidien des forces de l’ordre » sur TMC. Et que dire de ce pauvre bar de la rue Écuyère ( la Rhumba, par ailleurs mon QG préféré de l’après-midi) qui se retrouve en illustration d’un article un peu « putaclick », comme un délinquant potentiel ? 

Au Trappist, vendredi soir, les serveurs surveillent comme le lait sur le feu les chiffres du sonomètre, et il en va de même, je suppose, dans tous les lieux publics proposant de la musique. Une ville, ça vit aussi la nuit, et j’ai la faiblesse de croire que c’est à la richesse de sa vie nocturne qu’on évalue ( aussi) le dynamisme d’une ville. Si, d’aventure, sans mesure d’accompagnement pédagogique, on en venait à renouveler ces descentes musclées et osons le dire, un peu tape-à-l’œil, on risque de tomber, très vite, dans le morne ennui d’une …sous préfecture ! Il ne s’agit pas d’accorder un blanc-seing aux bistrotiers ou de nier la nécessité de parfois rappeler autoritairement les limites de la nuit, mais une ville qui s’honore ( quand ça l’arrange médiatiquement ) de sa population étudiante, doit aussi se soucier de la qualité des offres d’animation qu’elle propose ou qu’elle accompagne. Des contrôles préventifs réguliers sur le son, l’hygiène, la déclaration ou le mode de rémunération des artistes ou des employés semblent plus efficaces et pédagogiques que ces mises en scène « Retailleau-friendly ». La concertation régulière et organisée des « acteurs » de la nuit caennaise ( ou de l’animation caennaise) me semble être plus que jamais une nécessité, reste à savoir quel service municipal voudra bien s’y coller, avec bienveillance ?

C’est donc dans une atmosphère un peu lourde que Vince Vega s’attaque à la lourde tâche de réveiller la folie disco, et ce durant toute la soirée ( je n’ose plus dire All night long, de peur de me faire rabrouer à juste titre). Ah le disco ! Les cols pelles à tarte, les pat’d’eph et le cul moulé de John Travolta… ( et accessoirement ma jeunesse). Nul autre que Vince Vega ne pouvait relever ce défi avec plus de légèreté ! Le code de déontologie oblige à indiquer s’il y a placement produit, ce qui n’est pas le cas ici, mais mon code à moi m’oblige à dire qu’il y a, dans les lignes qui suivent, placement …d’amitié ! Si je suis la longue et discrète carrière de Vince Vega depuis très longtemps, nos rencontres hebdomadaires depuis près de deux ans à l’antenne de MBPM sur Radio Phénix ( placement produit : tous les lundis soir à 20h, une émission culte sur l’actualité des musiques électroniques) m’auront permis de découvrir la richesse et la générosité de Vince. Il fait partie de ces rares djs locaux qui, en dégustation aveugle, restent immédiatement identifiables. Son oreille, incontestablement déformée par la surconsommation de sonorités House, reste ouverte à la priorité même de la fonction du dj : être capable de sublimer tous les genres, tous les styles. Comme je sais que cette étiquette, pour lui et pour moi, n’est pas infamante, il est un dj généraliste et autant le dire, sa démonstration disco, hier soir au Trappist, n’aura fait que confirmer ce talent. La rondeur, l’efficacité rythmique de la musique disco est telle qu’il ne faut pas jouer au malin, et c’est presque avec la fausse balourdise d’un dj novice qu’il enchaîne les pistes, qu’il balance du son, Cerrone par ci, Chic par là ; l’essentiel pour lui, pour nous, n’était pas de jouer les érudits gourmets, les anthropologues sorbonnards du genre mais tout simplement  de nous plonger dans un revigorant bain disco. L’énorme qualité de Vince ( mais peut être aussi la faiblesse qui expliquerait sa notoriété locale relative) réside dans cette modestie qui le pousse à mettre en avant la musique sans dénaturer le « produit ». Quatre heures durant, en toute simplicité ( mais n’est-ce pas la force des plus grands que de suggérer la puissance sans se croire obligé de la prouver – clin d’œil narquois à la préfecture-?) Vince Vega chemine à travers des pistes incontournables, Cerrone, encore et toujours ( je le taquine même à ce sujet), casque collé à l’oreille, il règle ses tracks et n’en oublie pas pour autant de saluer au passage les ami(e)s, il nous amuse et s’amuse avec nous. Pour vous je ne sais pas, mais en ce qui me concerne, c’est souvent à ce seul critère que je résume la prestation d’un dj : un immense amusement généreux et partagé.

Un dernier mot pour dire une fois encore la chance d’avoir un tel artiste pour ami. Le bougre de coquin s’était  bien gardé de me dire qu’il fêtait aujourd’hui une nouvelle année. Que ce billet me permette de le dire officiellement : joyeux anniversaire Monsieur Vince Vega !

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