Une petite musique commence à se faire entendre, en ce début 2026 (moment traditionnellement consacré aux bilans et autres rétrospectives plus ou moins hagiographiques ) : et si on s’offrait une petite parade caennaise tous les deux ans (https://actu.fr/normandie/caen_14118/une-grande-parade-tous-les-deux-ans-a-caen-pour-prolonger-la-magie-du-millenaire_63660277.html ) ou, selon les dires de l’adjoint au maire chargé de la culture (https://www.francebleu.fr/emissions/l-invite-ici-matin-ici-normandie/millenaire-de-caen-et-apres-un-ou-deux-grands-evenements-dans-l-annee-imagine-la-mairie-8878080 ) un ou deux grands événements dans l’année ?

Visiblement un concours Lépine de l’événementiel festif et fédérateur ( forcément fédérateur, comme dirait Duras) semble échauffer certains. Quel esprit chagrin oserait s’opposer à une telle inventivité événementielle ? Pour couronner le tout, on se lance, en mode avis conso SNCF, à  demander notre bilan sur le millénaire. Pour ma part, je n’ai pas attendu cette audacieuse consultation pour m’exprimer, en toute subjectivité, en osant, pour conclure,  l’hypothèse que cela risque bien de se résumer à la seule image de la nacelle-Orelsan. 

À l’heure où, pour certains, la question même d’un budget culture mériterait d’être posée, on peut s’interroger sur cette fuite en avant « festive » qui, si elle se confirmait, ne pourrait se faire que sur le dos des acteurs culturels historiques. Les dispendieuses années-Lang sont depuis longtemps derrière nous et, aussi bien localement que nationalement, il devient de plus en plus difficile de trouver une marge de création dans nos structures paralysées par des budgets de fonctionnement en constante augmentation. Assurément, la tentation du spectacle gratuit, populaire et divertissant est forte : elle flatte à la fois des besoins de communication, d’animation et peut être aussi de cohésion. Assurément aussi, la nostalgie d’À Caen la paix explique en partie le retour de ce genre d’hypothèse « culturelle » non sans une certaine suspicion populiste. Mais des pans entiers de l’économie artistique et culturelle caennaise n’ont pas eu accès à leur (légitime ?) part du gâteau « millénaire », pour ne parler que du monde des musiques électroniques  qui anime prioritairement l’esprit de ces pages. Chacun aura apprécié, à la lumière de ses passions ou de ses détestations, les propositions exceptionnelles de cette année « millénaire », et nous avons tous pu les comprendre  dans le cadre d’un anniversaire exceptionnel lui aussi. S’il fallait, à l’avenir, trouver d’autres prétextes plus ou moins pertinents pour faire la fête officiellement, il conviendra alors d’entamer une réflexion plus sérieuse entre l’art et le divertissement et oser une réorganisation ( douloureuse ou nécessaire) des priorités culturelles. 

Au rayon bilan 2025, comment passer sous silence celui du désormais ancien directeur du Cargö et de son très discret mandat de quatre années. À son actif, une volonté de rééquilibrer les comptes, une volonté hélas fragilisée par un lent et irrésistible effacement de la scène culturelle locale. Certes, le maintien volontariste du festival NDK maintient l’illusion d’un Cargö dynamique mais que sont devenues les promesses d’ouvrir régulièrement la petite salle aux collectifs musicaux caennais, un préalable indispensable et urgent pour ne pas voir s’effriter définitivement ce qu’il reste de la scène électro locale ? Dans une sorte de triste indifférence, le navire-amiral des musiques actuelles poursuit un déclin à bas bruit que son prochain ( ou prochaine) directeur devra impérativement corriger au risque de fragiliser encore plus un secteur entier de notre capacité créative.

Pendant ce temps-là, avec l’énergie d’un Attila du dancefloor, Maissouille et son Eskape Winter festival place sa nouvelle armée hivernale au parc des expositions et taille des croupières au Skoll winter Festival qui, à la fin février de l’année dernière, aura eu bien du mal à affirmer la légitimité et la pertinence de sa présence dans ce même endroit.

Que retenir de cette année culturelle caennaise 2025 ? Orelsan à tous les étages et même en nacelle, un renouvellement inédit à la direction de grosses structures municipales ( musée et théâtre) qui peut ( ou pas ?) bousculer le doux ronron de leur petite musique et l’arrivée de François Chaignaud à la direction du centre chorégraphique national. Retenir aussi un millénaire qui, peut-être fera date et qui laisse, ça et là, quelques empreintes dans la ville sans avoir réellement bouleversé l’actualité culturelle régionale ou nationale ( il se murmure que les « gros sabots » d’Hervé Morin vont envoyer du lourd pour le millénaire de 2027…).

Plus spécifiquement, je ne peux que revenir sur le formidable succès de la guinguette électro concoctée par les mains expertes du collectif Senary en septembre dernier et espérer que la dynamique magistrale du collectif OIZ puisse nous ravir avec encore plus de force et de créativité cette année. 

Dans quelques semaines, je fêterai les dix ans de l’aventure Cave Caenem : dire que la scene electro locale a évolué en dix ans relève d’une banale évidence. Mais à l’enthousiasme festif et contagieux des années 2015 répond désormais le prudent espoir d’une survie plus que d’un renouveau. Il paraît que Paris vaut bien une messe, moi, avec Cave Caenem, je maintiens l’idée que Caen est et vaut  bien une fête ! Il convient alors de surveiller de très près celles et ceux qui veulent ou prétendent nous faire la fête et pas que pour choisir la couleur des bougies à mettre sur le gâteau !

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