Cela fait un moment que je n’avais pas eu l’occasion de retourner aux 3 marches. Le bar, près du port, est toujours à sa place avec ce mélange singulier d’une clientèle de quartier et de « fans » d’électro qui savent trouver ici un accueil complice et enthousiaste. Si on ajoute à cela que depuis quelques temps une nouvelle disposition de la salle du fond permet une complicité idéale avec les DJs qui s’y produisent on obtient un « combo » gagnant et nécessaire pour maintenir une veille musicale et surtout découvrir de nouvelles personnalités artistiques.

Hier soir, « Oser » ( je mets des guillemets à son blaze pour éviter la tout de même fâcheuse confusion avec le verbe : oser) nous invitait à sa Release party. Derrière ce titre qui fleure bon le petit délit d’initiés se cache normalement un événement qui permet à un artiste de dévoiler, lors d’une soirée plus ou moins festive, la sortie ( la révélation ? ) de ses derniers travaux.  Va pour une Release party et je suis d’autant plus curieux qu’Oser ne figure pas encore dans ma petite liste des DJs à suivre. Entre curiosité, simple envie ou besoin de sortir, j’arrive vers 20h30 aux 3 marches, et je suis happé par la généreuse folie de deux membres du collectif Culottė, Gibben et Ralim. Une House, rythmée aux petits oignons, se dévoile avec placidité et rigueur à la fois. À cette heure, et dans un bar, on sent bien qu’il ne s’agit pas d’hystériser les rares danseurs mais de maintenir une tension savamment étudiée entre esprit Chill et lâcher prise. À l’austère concentration de Gibben répond la malicieuse bonhomie de Ralim. Pour ma part, dès que j’entends ce type de sonorités House, je me sens un peu comme à la maison, comme si on quittait son costume pour enfiler un jogging douillet et chaleureux. À l’heure où tant de collectifs imposent, sans discernement, une playlist de teufs dans un bar inadapté pour ce genre de défoulement, c’est un vrai plaisir que de s’installer dans une proposition musicale en totale harmonie avec le lieu, l’horaire et le public.

La « star » de la soirée, Oser, arrive vers 22h. Casquette vissée sur la tête, il est très vite encouragé par des ami(e)s complices. Résultat : la petite piste de danse se remplit assez vite et je peux écouter son travail en toute discrétion. Je ne viens pas pour distribuer des bons ou des mauvais points et encore moins dans l’idée d’écrire quelque chose, autant le redire ici, je viens tout simplement pour avoir la chance d’être surpris par la musique, d’être happé par une ambiance, un climat. Avec tact ( je l’espère ) je vais, de temps en temps, voir sur l’écran les références de la piste diffusée. Avec le set d’Oser, j’aurais pu le faire souvent tant il excelle à dénicher des pistes house « underground » mais j’ai compris aussi très vite que le temps que je me décide il était déjà  passé à autre chose, dans une fébrilité touchante qui le poussait un peu à nous en mettre plein la vue. Des lignes vocales qui ne sont pas sans évoquer la chaude langueur de la côte ouest des États-Unis sont, entre ses mains, « speedées » par une accélération de tempo, ce qui les rend immédiatement plus froides, plus mécaniques. On perd en sensualité lascive là où on gagne en efficacité « moderne ». Si c’est un choix qui s’avère gagnant sur bien des pistes, l’automatisation du procédé ( ou, si l’on veut faire connaisseur le choix du style Speed house) me fait parfois perdre le plaisir de la surprise. Visiblement aussi le set a été soigneusement préparé en amont ce qui est un gage de sérieux mais cette construction laisse peu de place à la « folie ». Fort heureusement Oser glisse, ça et là, des pistes de son cru et l’on sent bien que le jeune producteur entend bien s’affirmer avec hargne et passion. Sur un créneau que l’on pense ( à tort) peu porteur à Caen ( la scène house), il sera parvenu, avec sa Release party, à affûter ses armes musicales tout en faisant souffler un délicieux vent printanier bienvenu. Entre de très petites maladresses formelles et de belles prises de risques esthétiques il aura signé, vendredi soir, une belle carte de visite qui, sans bouleverser totalement le paysage, prouve, s’il en est besoin, qu’on peut encore espérer de belles choses de la scène caennaise.

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