et il risque d’en avoir beaucoup d’autres….

Vendredi, direction le Frac, et il vaut mieux ne pas être en retard : je suis dans le “show” …..

Il y a maintenant quelques mois j’avais répondu : “présent !” à la demande de volontaires de l’artiste-plasticien-performeur-musicien ( n’en jetez plus… ) Rudy Dumas pour une performance. On dit parfois “oui” avec légèreté, on s’en mord les doigts ensuite. Fort heureusement, il n’en fut rien et me voici embarqué dans une “aventure” déjantée comme je les aime : Le Paradis block, soit six blocs de béton anti-intrusion posés au milieu de la cour du Frac et qui, le temps d’une performance deviennent tour à tour piédestal pour sculptures vivantes, prison géométrique minimale, radeau de fortune post-apocalyptique et enfin micro dance-floor donnant directement sur le vide. Dans cette aventure humaine je retrouve ( avec un très grand plaisir) Jean Vrai, figure incontournable de mes “nuits” caennaises au début de ces chroniques et qui semble revenir à Caen pour y déployer à nouveau son talent de multi-entertainer urbain. 

Six figures engoncées dans des combinaisons savamment retravaillées et cachés derrière d’épaisses  cagoules de “braqueurs” poétiques. Un quart de pose immobile, le temps (long) de voir cette “faune art-pla” locale débouler. Le silence est troublant, et derrière ma cagoule j’observe un public qui …m’observe. Il est masqué, Covid oblige et enfin les premières notes du jeune producteur de musique électronique aQuiles résonnent. Il est temps pour moi de me glisser lentement dans des poses qui, consignes de Rudy faisant loi, doivent évoquer la statuaire grecque, renaissance et les gargouilles, rien que ça ! De toutes les usurpations dont je suis coupable ( prof, auteur, metteur en scène, dramaturge …) performeur fut bien la plus exigeante. Doué pour la danse comme un politicien peut l’être pour la vérité, je fais de mon mieux tout en vivant, de l’intérieur même, la pertinence, l’évidence de la proposition de Rudy qui aura su, en trente minutes, rendre compte avec force de cette étrange et monstrueuse période de crise sanitaire, de crise existentielle en fait … Nos pas sont désormais limités ( coucou le couvre-feu du Château), nos danses sont solitaires, nos survies se résument, qui sait, à des blocs de béton… Le Paradis, donc, mais dans sa version gargouille des temps modernes. Moi, quand un “artiste” me parle avec cette simplicité poétique et cette force métaphorique, ça me convient parfaitement et quand, en plus, j’ai la chance d’être un petit atome de cette construction je me retrouve au ….Paradis.

Les nouveaux “salons” musicaux : une réponse privée au silence musical ?

Jean Vrai, toujours lui, me fait le plaisir de me compter parmi les invités d’une soirée privée, le soir-même. Cruel dilemme, en parler, laisser l’événement ( car pour moi c’en est un !) sous silence ???? Mais si Cave Caenem est bien ce qu’il est, à savoir le journal intime public de mes “nuits” caennaises, aucune raison de ne pas garder une trace de ce moment magique. Le lieu de la soirée : un appartement du centre-ville avec des fenêtres qui donnent sur l’épicentre du crime estudiantin, le crime de l’inconséquence, le crime de la légèreté, le crime de l’insouciance, et parfois celui de la bêtise. D’où me vient cette idée qu’il nous faudrait des gargouilles modernes pour ridiculiser et terroriser une époque qui fait de la jeunesse l’incarnation de la mort ? 

Comme pour tout événement digne de ce nom, il porte un nom : La danse du réel, et là encore je suis surpris par la pertinence implacable de ce choix : la danse du réel pour un monde (musical) qui bascule dans les imprécations stériles du virtuel. Durant quelques heures je me retrouve dans une sorte de nouveau “salon”, non plus littéraire, mais musical. L’hôte qui me (nous) reçoit, fin connaisseur du milieu musical local, est le plus exigeant des Amphytrion, à savoir généreux en signes d’amitiés et de conversation, un vrai régal pour la tête et pour les jambes et le corps il y a Jean Vrai et Ottobass, all night long et c’est le gage d’une qualité sonore qui me sied. Les pistes sont nostalgiques ou modernes, pointues et folles quand elles doivent l’être. Une vingtaine de “happy few”, conscients (ou pas) de ce moment volé au silence, volé à la folie de l’interdiction. J’y retrouve, comme par magie, quelques “oiseaux de nuit” avec lesquels je peux enfin parler et entamer, qui sait, de futures controverses esthétiques mais toujours amicales, bref, un “salon” dans la pure tradition de la France ….pré-révolutionnaire. Pour un temps, encore long et incertain, il me faudra me “contenter” de ces espaces intimes et privés (si on daigne m’y inviter) mais dans “contenter” il y a “content”, et le moins que je puisse retenir ici c’est que je le fus, heureux de voir que la mauvaise herbe que je suis peut encore trouver quelques interstices de vie dans ce monde de la nuit bétonné dans son hygiénisme sanitaire.

Morpho au Sépulcre, un petit parfum de villa Médicis en plein Caen…

Quelques mots rapides pour évoquer la belle initiative de ce collectifs de chorégraphes installés au Sépulcre depuis près d’un an. Durant deux jours (aujourd’hui encore, alors n’hésitez pas), on peut découvrir un éventail généreux du travail de fourmis entrepris depuis leur installation, un travail où se mêle une réelle et sincère inscription locale et une exigeante exploration de diverses formes chorégraphiques. Hier, une mention toute spéciale pour l’improvisation d’Ashley Chen ( compagnie Kashyl). En une vingtaine de minutes intenses, il parvient (rien que ça) à dresser un panorama de la danse  ( chacune de ses sorties et entrées du Sépulcre est l’occasion d’un clin d’oeil à l’histoire contemporaine de la danse)  tout en nous livrant (danse et parole font pourtant rarement bon ménage) des pans de sa propre trajectoire esthétique. C’était un très beau moment de danse, d’humour, de simplicité et de force.

Et si j’étais condamné au …patrimoine ?

Ce dimanche matin, en rédigeant cette nouvelle page de mon journal, je me sens envahi par la peur étrange, celle de penser que mon “monde” de la nuit, je le visiterai dorénavant comme on visite les pierres lors de ces journées du patrimoine, le beau soleil de septembre parviendra t-il à me sortir de ce cauchemar, de cette zone “rouge”, à suivre ….

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