Mini-festival à la Demeurée, NDK en vue, réouverture du Portobello…. entre embellie et embolie ?
De partout les signes de la reprise culturelle nous parviennent, laissant espérer une sortie de cette crise. Les saisons se lancent, des théâtres réapparaissent ( le 32 rue des Cordes et son inauguration officielle ce soir), des lieux qu’on croyait fragilisés à jamais s’invitent à nouveau dans nos “events” facebook, Portobello en tête…. À croire que tout ceci n’était qu’un mauvais rêve ?
Les Têtes penchées à la Demeurée, une heureuse surprise.
Samedi dernier, c’est du côté de Saint-Contest que soufflait un peu le vent de l’espoir. Espoir tout d’abord parce qu’on avait laissé la Demeurée en prise avec ses tracas municipaux ( un maire qui ne semblait pas être conscient de la dynamique de cet espace associatif et culturel) et ses fragiles et coûteux travaux de mise aux normes pour accueillir du public. Il semblerait que ce soit à présent de l’histoire ancienne et voici donc cette ferme qui rejoint le groupe (pas si nombreux que cela au final) où il se passe quelque chose, comme ce mini-festival des Têtes penchées, premier du genre.
Il y a deux ans, autant dire un siècle, à la même époque et toujours à la Demeurée, on se laissait avoir à l’ambiance foutraque et campagnarde du festival Irma, et c’est presque la même organisation des espaces que l’on retrouvait samedi, avec cette grande cour de ferme hébergeant bar, expo(s), vente de disques et l’inévitable stand vegan-compatible. Quelques guirlandes lumineuses suffisent à donner ce qu’il faut d’ambiance et on avait même pensé à une scène extérieure. C’est “pro” avec cette touche négligé-chic qui fait réellement le charme de ce lieu, tout comme cet espace “chill”, couvert où se côtoient canapés de grand-mère et faunes de la nuit (retrouvée) tout juste échappés d’une virée à la Maison du Vélo. C’est ecolo-bobo-bio compatible à souhait, mais avec ce petit brin d’humour et de “m’en-foutisme” qui permet au festival d’échapper à toute récupération, si bienveillante soit-elle.
Je pensais, à tort, retrouver les deux salles pour profiter de l’affiche mais tout semble se passer désormais dans la petite salle de droite, la seule à avoir connu la mise en norme acoustique. C’est un peu dommage d’autant que la grande salle, aménagée en boudoir façon Emmaüs semble un peu vide et inutile.
On se serre donc dans la petite salle, avec ses deux recoins de part et d’autre de la petite scène, une scène à l’éclairage sommaire mais qui fait le job.
A mon arrivée, La Faim du Tigre laisse entendre sa douce petite musique d’où émerge la voix prometteuse et assumée du chanteur. Si les groupes fleurissent, ils sont déjà plus rares ceux qui s’enrichissent d’une voix assumée et franche. De multiples pépins techniques ne viennent pas perturber la belle énergie du groupe qui s’installe avec aisance dans un univers où se mêlent des sonorités pop à la Angus and Julia Stone qui seraient encanaillées par des débordements caribéens langoureux. Si le Tigre a faim, on s’invite bien volontiers à son banquet.
Viennent ensuite les Beach Youth. Une rumeur flatteuse les précède, et comme avec toutes les rumeurs, il faut parfois s’en méfier et juger sur place. Si, les toutes premières minutes on est un peu saisi par cette version 2.0 des Beach Boys, une relecture assumée il va sans dire, je me suis assez vite laissé gagner par une vague monotonie qui s’explique en partie par une trop forte volonté intellectuelle et démonstrative au détriment d’un engagement physique. Les vagues de la Manche inspirent peut-être une poésie musicale plus contemplative que celles de Californie ?
Changement de registre radical avec Hit L’Agité, une “figure” du rap caennais qu’on retrouve seul sur scène. Il y avait quelque chose de surréaliste entre l’évidente atmosphère bucolique et champêtre de la Demeurée et la prose urbaine de Hit L’Agité, dans laquelle on retrouve un sens aigu de la confession intime. La présence scénique est forte, avec une “chorégraphie” presque animale maîtrisée et on se laisse prendre à ses aveux virils et fragiles à la fois.
Comme tout se passe dans la petite salle, les temps de changements de plateau sont un peu longuets. Même en sourdine, il aurait été plaisant d’envisager une toute petite scène “chill” dans la grande salle, je dis ça, je dis rien ….
En tout cas, l’initiative des Têtes penchées relève bien plus que d’un simple galop d’essai et il semble que se dessine, du côté de la Demeurée une potentielle scène alternative, rustique dans sa simplicité ( et c’est un réel compliment !) et audacieuse dans ses perspectives de complémentarité. En proposant ainsi un éclairage sur des artistes de la scène normande ( j’ai raté Hyène mais c’est pour mieux les retrouver ) tout comme Mickle Muckle ou Jimmy Usedboots, outre la fonction purement festive, les Têtes penchées remplissent de fait une fonction essentielle : donner à voir et à entendre la diversité, ce qui en soit, vaut tous les éditoriaux de rentrée faussement généraux et généreux qu’on peut lire dans de riches maisons dont c’est pourtant la mission….
Embouteillage garanti en fin de semaine et la surprise (espérée) de NDK…
Entre l’ouverture du Portobello ( pour ma part jeudi avec le prometteur retour sur scène de Laohu &Kiper sonus, l’incontournable passage par la case Trappist pour entendre Bruderschaaft (live) vendredi, il me faudra encore trouver quelques précieuses minutes pour assister à la conférence de presse de présentation de NDK, mercredi.
On avait laissé le festival Nördik Impakt presque mort, en 2019, et voilà qu’il semble renaître de ses cendres ( l’effet Phénix normand ?) cette année, pour le plus grand espoir des fêtards et la crainte peut-être injustifiée des amateurs. À suivre en tout cas…