Le Cargö à l’heure du Covid.

Hier soir, vers 19h, j’ai un rendez-vous aussi intime  qu’intense avec le Cargö, et par les temps épidémiques que nous traversons,  c’est en soi déjà un évènement. 

Hier soir donc, se déroulait la soirée de lancement de saison de la Smac caennaise, alias le Cargö. Les portes ouvrent avec un peu de retard,  mais le public, modeste en nombre, n’en tient pas rigueur, tant il semble clair à tous les présents que ce simple lancement de saison relève en soi du miracle. 

On peut regretter l’intimité réelle de la fête, plus encore l’absence de la plupart des artistes de la scène musicale caennaise, mais dès les premières interventions de l’équipe du Cargö on sentait une émotion réelle, une sincérité indéniable dans les remerciements qu’on nous adresse, à nous, public. Ca respire encore, ça vit encore, ça joue encore, en bref ça tient bon, même en pleine tempête Covid. Qu’on se le dise, il y a du monde à la barre et la fragile saison 20-21 du Cargö le prouve. 

Certes nous sommes assis et le protocole sanitaire est appliqué avec la plus extrême des sévérités, gare aux petit(e)s coquins qui iraient pisser en ne respectant pas, à la lettre, le “parcours-pipi”, gare aux buveurs debouts, mais on sent bien que c’est une “malédiction” nécessaire et que les forces morales, sanitaires, répressives sont peut-être à l’affût du moindre de nos faux pas pour que tombe le rideau, alors on accepte tout cela avec humour, avec humeur, avec tristesse ou résignation puisque ….nous n’avons pas le choix ! 

C’est donc devant un  public masqué que défilent les noms et les têtes d’affiche de cette saison, de réelles pépites locales à découvrir, Veik en tête pour qui ne connaît pas et ce dès samedi soir ainsi que des valeurs “sûres” qui affichent même déjà complet, telle que Clara Luciani. Un cocktail habile et efficace avec toutefois cette règle du spectacle “assis” qui risquent d’en refroidir plus d’un.

Un concert au Cargö en “mode assis”, ça donne quoi ?

Elle semblait bien grande la salle du Cargö pour accueillir le concert (gratuit) de Tallisker, et il aura fallu à la jeune chanteuse electro-pop beaucoup de mérite pour dynamiser les mutants masqués que nous sommes désormais. On ne va pas se mentir, c’est une expérience éprouvante, presque douloureuse que d’assister ainsi à un concert, à une musique conçue et pensée prioritairement comme une invitation lascive et envoûtante à la danse. Bridé dans son corps, caché derrière son masque, sanglé sur sa chaise, le public, traversé par une gêne perceptible, finit cependant par se laisser aller, par glisser dans ce bonheur, réel, d’être là, tout simplement. La musique aussi légère qu’élégante de Tallisker finit par nous convaincre, non plus de sa pertinence, mais de sa vitalité nécessaire. Eléonore Mélisande, la chanteuse de  Tallisker se donne, corps et âme, peut-être parce qu’elle sait que si elle ne se remet pas en selle ce soir, il n’y aura plus rien, et c’est un peu avec cette énergie vitale que nous repartons. Reste alors, pour moi, cette certitude : le plus beau des militantisme, la plus belle des résistances, le plus efficace des bras d’honneur à faire au Covid c’est d’aller au spectacle, d’y aller par goût, d’y aller par nécessité, d’y aller par solidarité, d’y aller pour conjurer la mort, d’y aller parce que c’est plus que jamais nécessaire, utile et …vital.

Vaille que vaille, en petit soldat, le Cargö, un peu comme cette servante qui reste toujours allumée sur scène, nous montre que le silence n’a pas encore triomphé. Il ne tient qu’à nous maintenant, et à nous autres les artistes si on ne veut pas rougir de porter ce nom, de franchir ses portes et de retrouver ces gladiateurs modernes du Covid.

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