Veik et Gomina au Cargö affichent …complet !

Après l’intime présentation de saison de jeudi, le Cargö entrait, hier soir dans le vif sujet, et prenait, pour poursuivre la métaphore maritime, sa vitesse de croisière.

C’est donc le label WW2W, installé à Caen depuis 10, qui essuie les plâtres de cette nouvelle saison Covid avec le retour sur scène de Gomina, groupe historique du label. 

Le monde d’avant VS l’avant-garde ?

La salle affiche complet, et dès le milieu de l’après-midi il était impossible de réserver sa place, gage d’une attente certaine. Le public, plus discipliné que jamais nous offre l’occasion d’un défilé des dernières tendances en terme de masques sanitaires, du plus jetable au plus sophistiqué. L’arrière-cour-fumoir est enfin remplie de chaises et de tables, permettant ainsi la consommation de boissons et, mieux encore, le répit indispensable dans le port du masque. Ambiance familiale et presque “goûter d’anniversaire” avec familles et petits “nenfants” compris, pour un peu on se croirait presque à un concert de la Gloriette, mode “bourgeois-bohème” en plus. Mais n’oublions pas que le label fête ses dix ans et qu’on lui souhaite de nombreuses années encore à vivre…

Contrairement à ce que je pensais (étrange équilibre de programmation) c’est le jeune trio caennais Veik qui débute. Dans leurs combinaisons blanches, ils nous envoient un premier clin d’oeil, à mi-chemin entre Ghostbuster et la brigade sanitaire Ebola. Très vite on comprend que la position assise va nous inviter à une écoute plus méditative, plus intellectuelle, moins sensuelle et physique. Dans les mois qui viennent, cette nouvelle donne “Covid” risque d’être redoutable pour bien des artistes, tant le fait d’être assis nous oblige presque à une écoute au “scalpel’, beaucoup plus analytique. Dans nos bulles masqués, on passe de la consommation musicale à l’analyse musicale, même sans le vouloir, un peu comme si on se mettait à voir l’être aimé comme un étranger ….

Veik résiste parfaitement à cette nouvelle écoute, et c’est avec une rage contenue mais constante qu’ils se livrent à d’interminables boucles electro-rock où dominent la gamme de Sheppard (attention minute France Culture) cette illusion musicale qui nous fait entendre une progression infinie, une montée sans fin, un peu comme le ferait l’enseigne du barbier avec nos yeux. Un bel engagement physique ( le batteur n’est pas loin, dans un morceau central, de déclarer forfait) au service d’un subtil mélange rock et electro qui nous invite assez vite à jeter aux orties ces classements vains pour ne profiter que d’une chose : la musique dans toute sa froide (et subtile) simplicité. L’atmosphère musicale est parfois sombre et mentale, elle glisse aussi vers de langoureuses échappées mais le “live” offre ici toutes les facettes de son irremplaçable nécessité quand on assiste à cette lutte presque mortelle entre l’homme et l’instrumentarium-machine. Une très belle prestation donc et une nouvelle preuve, s’il en était besoin, de la vitalité de la jeune scène caennaise.

Gomina et ….” la bonne pop des familles”….

Après un  entr-acte nécessaire ( vive la pause masque ! autour d’une table…) on revient dans la grande scène avec une installation qui, à elle seule, donne le “la” de la suite. Devant chaque pupitre un assortiment de luminaires sortis tout droit d’un élégant catalogue Ikea des années 2000. C’est à la fois incongru et élégant. Au fond, un beau travail “video” va, tout au long du concert de Gomina, diffuser une mise en abyme ( après l’effet barbier, l’effet Vache qui rit …) des musiciens et c’est plutôt réussi, tant cela donne une perspective infinie à la scène. Que retenir de ce retour à la scène de Gomina ? Je me réfugie un peu lâchement derrière les propos même du batteur-chanteur qui, après un morceau s’écrie : “ ah la bonne pop des familles !”. C’est un peu court, je sais, mais ça résume assez bien ma propre impression, un peu comme ces bons pot au feu du dimanche que maman nous sert avec sa tendresse hebdomadaire mais dont on finit tout de même par regretter un peu la tranquille régularité. J’avoue m’être un peu régalé à observer le public derrière moi, toujours masqué et qui, dans une chorégraphie de la tête, semblait frapper en cadence avec son front un clou invisible. C’était captivant et presque touchant d’observer ainsi une telle précision dans ce ballet improvisé, certainement le gage d’une complicité entre Gomina et le public. Peu importe si mon front n’a pas trouvé le clou à frapper, et si je suis resté en dehors….

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