Hier soir, la ville de Caen offrait, à qui le souhaitait, un étonnant cocktail culturel. Entre un champ de coquelicots  (Éclats de rue) et des amazones 2.0, il y avait de quoi nourrir des attentes diverses en terme de divertissements ( à plus ou moins forte valeur ajoutée).

Des coquelicots sans parfum….

Dans le cadre du grand final d’Eclats de rue, le château de Caen a ainsi vu fleurir un champ de coquelicots (taille XXL) dispersés derrière les pylônes des belles statues de Huang Yong Ping. À elle seule, l’installation de ces fleurs est poétique et « vend du rêve », il est donc assez normal de voir le spectacle Le Chant des coquelicots proposé par Fredandco. À 21h30, devant un public nombreux, deux musiciens ( violon et violoncelle) entrent en scène et rejoignent un parasol rouge ( comme les coquelicots), inspiration Épouses et concubines compris. Dès les premières notes on saisit immédiatement la proposition ( spectaculaire ?) puisque les coquelicots vont s’éclairer plus ou moins au rythme de la musique et de son intensité. La musique, quant à elle, puise sa très laborieuse inspiration dans des variations minimalistes autour des grandes pages du répertoire classique. On débute avec un esprit Bach (époque suites pour violoncelle) mais dont les musiciens ne gardent que les lignes rythmiques les plus minimalistes pour nous livrer une sorte de musique d’ascenseur à vocation aguichante. C’est laborieux, comme un champagne tiède et sans bulle mais comme tout est enrobé dans ce dispositif champêtre à la Kenzo flower, ça peut faire spectacle, why not ?

Le Frac et sa guinguette …perchée.

Au même moment, et dans une étrange concurrence avec la kyrielle de manifestations d’Eclats de rue, le Frac nous invitait à sa guinguette cinéphile. On passera très vite sur les préliminaires et sur une manifestation annoncée à 18h30 et qui, à 19h 30, débutait à peine dans une sympathique mais déroutante ambiance de MJC, version école de danse. Le clou de la manifestation était bel et bien autour de la diffusion de différents films du cinéaste Bertand Mandico, très prisé des festivals mais peu connu du public …populaire. Passer, en quelques minutes, des coquelicots ( populistes ?) au trouble ( élitiste ?) de Mandico illustre tout de même une belle vivacité de l’offre culturelle locale. 

La cour du Frac se transforme en cinéma en plein air et là où habituellement, en cette saison, on revoit les Dents de la mer ou autre grand succès familial, on se retrouvait hier à voyager dans les délires oniriques ( et parfois troublants ) d’un cinéaste qui peuple son œuvre d’amazones modernes, de créatures féminines envoyées sur Mars et autres délires bienvenus en ces temps où domine trop souvent la bienséance. Le moins que l’on puisse dire  c’est  que le cinéma de Mandico n’est pas un produit de divertissement anodin et qu’il n’est pas à mettre entre toutes les mains ( sans parler des yeux ). Pour se préserver d’ailleurs, le Frac a pris soin d’avertir que ces œuvres n’étaient pas adaptées à un jeune public). Tranquillement installé dans des transats, le public ( très Frac, mais ce n’est pas une insulte) déguste, avec une irrévérence salutaire parfois, des images, des tableaux cinématographiques à l’érotisme sanguinolent ou bellmerien ( je paye mon écot à l’intellectualisme supposé ou fantasmé du lieu) et sans cesse déconstruit par un humour parfois ravageur ( mention particulière pour ce « Je dois tuer Kate Bush » qui apparaît comme une injonction à l’héroïne du dernier film présenté). C’est vraiment « perché », parfois potache, très souvent lourd de références surréalistes ou de pop culture mais comme ça faisait du bien, après la bouillie musicale et faussement modernisante des coquelicots que de découvrir un artiste à l’univers aussi déjanté.

Cerise sur le gâteau, le dernier film est présenté comme un film muet, avec un dj-set (electro) du duo Cloarec et Mosca muerta. On avait déjà vu que cette musique se prêtait à l’univers de Mandico ( qui utilise presque comme un clip un piste de Kompromat – Vitalic), mais là, avec cette esprit live on avait un magnifique raccourci entre Méliès ou Feuillade et nos modernes nuits electro, super !

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