Après la tonitruante édition ( spécial millénaire) de décembre dernier, on pouvait se demander quelles surprises s’annonceraient cinq mois plus tard. En reprenant ( presque) les dates habituelles du festival, mais dans un format et un parcours plus resserrés, l’équipe d’Interstice en a profité pour ajouter un petit surnom avec ce ]Nova[ qui signale désormais, une année sur deux, une orientation nouvelle du festival.

Entre la grande manifestation s’étalant sur deux semaines, il faut dorénavant intercaler ce rendez-vous plus minimal ( en offres et en durée ) mais qui n’est pas sans nous réserver quelques surprises. 

Cinq petits jours pour exister, faire parler et, espérons-le, renouer avec l’enthousiasme généreux des précédentes éditions. Cinq expositions ( une par jour si le cœur vous en dit ) dans trois lieux différents ( l’Artothèque, le Frac et les Écuries du pôle culturel Lorge ) soit autant d’occasions nouvelles de comprendre la dynamique et la philosophie du projet Interstice. 

À l’Artothèque, deux artistes, Clément Davout et Léo Fourdrinier nous invitent à découvrir La vague irrésolue, une installation qui combine aquariums «  design », prismes triangulaires posés sur des socles et immersion sonore qui « plonge » le visiteur dans un paysage aquatique, avec, nous précise la « com » des captations prises dans des jardins de …Normandie. Les premiers indices d’un circuit court artistique sont lâchés avec des artistes de la région du grand-Ouest, confortant ainsi la mission d’Oblique/s et de Station Mir, les deux organisateurs du festival. Les projets présentés et parfois produits par et pour Interstice sont le résultat d’un accompagnement et témoignent d’une attention particulière pour les artistes émergents de Bretagne, de la Normandie et des Pays de la Loire, bref un circuit court en quelque sorte. 

On pouvait craindre que cette logique, prioritairement institutionnelle, n’en vienne à provoquer un …court-circuit artistique mais la cohérence de cette édition évite soigneusement cette écueil non sans verser, parfois, dans le politiquement correct comme avec Polivision, l’installation de Lorène Plé, une ancienne élève de l’Esam de Caen et qui semble désormais avoir son rond de serviette au festival. Pas une seule faute de goût, pas un seul ingrédient Frac-compatible ne manquent à cette installation, jusqu’à cette voix anglaise qui commente la délicate projection d’un panorama traversé par le soleil ou la lune. Des tôles plissés en aluminium reflètent, ça et là, des micro-foudres de lumière tandis que le spectateur évolue au milieu d’un bruissement-drone donnant à l’ensemble une dimension poétique ou …pompeuse. 

Fort heureusement l’ennui ( poli) de cette installation est balayé par Recalls, la superbe proposition de Lukas Persyn ( Rennes), présentée au début du parcours des trois œuvres exposées au quartier Lorge. Tout en rendant un hommage nostalgique à nos tours hertziennes, Lukas Persyn nous invite à un magnifique voyage visuel où des planètes-fantômes, des soleils furtifs et parfois inquiétants surgissent et disparaissent sous nos yeux. Douze mini-tours hertziennes surmontées de fragiles sculptures en verre réfléchissent et renvoient des spectres de lumière blanche et composent ainsi une danse spectrale singulière. On peut, si on le souhaite, poursuivre ce dialogue intellectuel avec Recalls en lisant les informations techniques et les intentions de l’artiste mais l’évidence formelle et la grâce poétique de la proposition en font sans conteste le « clou » de cette édition.

En symétrie des deux autres installations des Écuries, la « sculpture » Data Ich, proposée par Adèle et Emma Leseigneur Leullier, se veut comme une représentation symbolique d’un exosquelette malade. Des lambeaux de chair-plastique coulent ( ou suintent) le long d’une architecture métallique au centre de laquelle, sur le sol, est posé un ordinateur qui donne à voir l’inlassable défilement d’une programmation. C’est « concept » à souhait, un peu naïf dans sa volonté démonstrative mais cohérent dans le parcours.

Pour finir cette édition, il faut absolument se rendre dans la Latence.grotte du sarthois Jingqi Yuan. Très intelligemment pensée en fonction de l’architecture de la salle ( la cellule voûtée des anciennes écuries) l’installation, ludique et complexe nous accueille avec une …prise de photo. Puis on rentre dans cette grotte et là des dizaines de points bleus, au sol, dans les airs, se déplacent comme autant de lucioles numériques. Mais la magie ne s’arrête pas à cet univers magique à souhait. Voilà que sur le corps minuscule d’une luciole votre visage apparaît, et celui d’un autre visiteur et aussitôt se forme une colonie d’images prêtes à un archivage aussi collectif qu’éphémère ! Bien plus qu’un simple Où est Charlie pour intellos désabusés ( j’avoue cependant avoir pris un kiff réel à chercher mon visage) il y a dans cette installation une réflexion sensible et immédiate sur notre rapport à l’image.

Ce soir, c’est l’inauguration officielle et pour accompagner ce « micro » festival, deux autres soirées ( jeudi et samedi) viennent compléter la proposition avec des dj sets et des concerts-performances qui s’annoncent tout aussi passionnants. Cinq « petits » jours donc pour renouer avec l’esprit Interstice qui, même en mode ]Nova[ mérite encore une fois toute notre attention, et c’est…gratuit !

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