Fêter en grandes pompes son anniversaire semble être la dernière tendance du moment et après les huit ans de No One Like Us, hier soir au BBC, ce sera au tour de Senary de « débarquer » au Cargo le 6 juin prochain pour ses sept ans d’existence. Et que dire de Cave Caenem qui fête ses dix ans en 2026 !
Direction Hérouville donc et la douillette salle du BBC. Espérons que le projet d’agrandissement de cette salle préservera toutes ses qualités. Le bar et surtout le personnel est toujours aussi accueillant et efficace et pendant les petits moment d’attente on peut dorénavant, sur une belle frise rouge, lire et relire les noms des artistes venus ici, une occasion sympathique de voyager dans le temps, les souvenirs …
En bon « daron » de la scène locale, je peux dire que je les ai vus naître, les Nolu. C’est donc un vrai plaisir, huit ans plus tard, que de constater l’énergie intacte de ce collectif qui, sur scène, n’hésitera pas à mettre en lettres d’or N, O, L et U sur le devant du grand pupitre technique accueillant les instruments nécessaires pour ces musiques. Au fond de la scène, huit ( bravo pour ce rappel numérique) tuyaux d’orgue évoquent un un temple religieux ( laïc ou satanique ?) mais pour glorifier quel dieu ?
J’ai souvent eu l’occasion d’écrire mon plaisir à venir très tôt, à l’heure où certains artistes doivent ambiancer une salle encore vide. Hier soir, le plaisir était décuplé par la découverte de Lolal qui ouvrait le bal ( le warm up pour les plus vieux) avec délicatesse tout en balançant des bangers indiscutables. Entre Your mind d’Adam Beyer et l’adagio de Tiësto, c’est une sorte de pèlerinage nostalgique et joyeux qui me place d’emblée dans un mood complice. Voici un dj qui derrière sa silhouette dégingandée, aura su immédiatement trouver sa juste place entre démonstration artistique et animation musicale. Un tel « artisanat » du djiing est une qualité essentielle et rare à l’heure où la tentation de la prestation Instagrammable fait tant de ravages. Merci Lolal pour cette belle humilité toute entière au service de la musique que nous défendons.
Vient le tour de SPRNS qui, dans un même esprit nostalgique et festif à la fois, décide de nous ambiancer avec une sélection où domine son goût prononcé pour des pistes old school mais soigneusement survitaminées par des arrangements riches en bpm et conformes aux attentes d’un public dopé aux sucreries boum boum. Le choix de ses tracks fait mouche à chaque fois comme ce redoutable Chains the fools de Linus Villa qui nous entraîne quelque part entre une soirée au Palace des années 80 et un hall à danser XXL, version marchande du divertissement de masse en 2026.
Après les lutineries gourmandes de SPRNS, la Time table nous annonce la venue de Potzer et là encore je me réjouis d’entendre à nouveau cet artiste que je respecte pour la sincérité et la permanence de ses choix artistiques. Il enclenche une délicate bascule vers un univers plus sombre et le fait avec l’excellence qu’on lui connaît. Il préfère cependant se retirer assez vite et c’est Dash qui le remplace au pied levé dans une petite confusion esthétique qui installe, un peu tôt, une énergie débridée qui signera le reste de la soirée.
Puis vient le tour de Zélie ou plutôt de ZELIELVX, le nouveau blaze de cette artiste dont je n’ai cessé de vanter les mérites. D’emblée le passage de flambeau ( à la hache) entre elle et Dash m’installe dans un inconfort inédit et je reconnais être passé totalement à côté de cette nouvelle facette musicale qu’elle semble vouloir installer. Là où jusqu’à présent elle se plaisait à merveille pour apporter une touche mélodique et raffinée dans ses choix techno, elle aura foncé, tête baissée, dans une fuite en avant hardcore qui m’a semblé brouillonne. Impossible pour moi de retenir une quelconque émotion musicale dans cette trépidante et roborative machine à décerveler. Certes la tendance lourde dans la fuite en avant hardcore semble désormais irrésistible sur certains plateaux artistiques mais à une heure du matin, dans la tout de même petite salle du BBC, cela revient à vouloir faire de la broderie avec des gants de boxe. Le public, nombreux, plonge dans une complaisante bonhomie mais il y a quelque chose de paradoxal à entendre cette débauche de kicks susciter une telle nonchalance polie.
MØUN en b2b avec REDRUM, viennent apporter la folie ( instagrammable ?) et parviennent à redynamiser une salle toute acquise à cette cause. Tous deux vêtus d’un même ensemble digne d’un Arlequin des temps modernes, ils balancent, balancent, et rebalancent des kicks de la mort qui tue tandis que Dash et SPRNS fusillent la salle avec des canons à fumée et que des ballons de baudruche explosent ça et là tout autour de nous. L’ambiance est festive, gorgée de testostérones musicales mais au détriment de toute forme de subtilité mélodique. Ils font le show et le font avec une science indéniable mais au risque de passer pour un pédant en me considérant comme un « mélomane » des musiques électroniques mes oreilles commencent à saigner devant ce rouleau compresseur sans nuance. En radicalisant ses options musicales, NOLU fait le pari de suivre une certaine vague, une tendance hardcore sans compromis. Si ce n’est pas nécessairement ma « came » préférée je reste dubitatif devant cette esthétique du Toujours plus, plus de kicks, plus de bpm et je crains quelques réveils difficiles si, d’aventure, une telle fuite en avant ne servait qu’à nourrir une soif d’émotions brutales et primaires au détriment du discours musical. Il y a, dans le collectif Nolu, une force et une richesse d’artistes qui en font un collectif indispensable et cette soirée illustre à merveille les futurs enjeux autour de nos musiques électroniques. Il faut, nécessairement remplir les salles et répondre à une certaine demande, mais cela doit se faire aussi et peut-être surtout avec une exigence esthétique et artistique qui, loin d’être suiviste, continue à défricher et à innover. Ces dernières lignes, un peu moralisantes, j’en conviens, viennent nuancer une soirée riche pourtant en chaleur humaine et en générosité festive. C’est certain, les grandes orgues de NOLU peuvent et doivent continuer à résonner.
