Pour sa première soirée organisée au BBC, le collectif OIZ s’est un peu lâché sur les éléments de « com ». Le titre de la soirée, en premier lieu, qui renoue avec ces jeux de mots autour des homophonies parfois bien ringardes autour de Caen, style À Caen la paix ou Caen je chante. Avec OIZ on bascule un « level » au-dessus avec ce Caen’t stop, de bon aloi, pardon my french ! Rien ne les arrête, donc, restait  donc à juger sur place et à découvrir cette force … irrésistible ! Comme dans les contrats d’assurance, c’est dans les petites lignes que se nichait le diable, et derrière ce Caen’t stop guerrier, on pouvait lire, sur les réseaux, une autre déclaration : une nuit pour les initiés ! Voilà une déclaration de politique artistique et esthétique claire … pour les initiés ! Ça sonne un peu préventif, genre pour adultes seulement, ou « quali », genre : on ne va pas vous passer la daube habituelle. Bref, tout cela ne pouvait que réveiller ma curiosité complice ( ou narquoise), histoire de vérifier si je pouvais (ou pas) me ranger dans l’Olympe des Initiés et mieux encore, si j’allais rester scotché sur le dance floor. En parfait petit rédacteur, je ne donne pas les réponses immédiatement, mais en ce qui concerne, l’adhérence au sol, je ne peux passer sous silence, vers trois heures du matin, ce sol hyper collant, le gage d’une soirée … bière au sol et pied qui sort d’une basket encastrée …

Comme toujours, avec Oiz, les yeux et les oreilles sont comblés avec un système son aux petits oignons ( merci Elypsonore) et un aménagement qui privilégie l’ambiance industrielle avec ces douze grands cadres-led ( 8 au fond et deux de chaque côté de l’avant-scène). L’élégance minimaliste du dispositif renforce l’aspect « boîte noire » de la salle du BBC, tout en permettant à l’éclairagiste de renforcer la profondeur des images géométriques, non sans quelques étranges images, involontaires et qui sait, subliminales qui n’étaient pas sans évoquer, fugacement, un svastika… 

Un choix, radical, a présidé à l’élaboration du plateau artistique, celui du B2B presque « full option » puisque seul le duo  NHM& LABN sera présenté sans ces trois petits signes B…2 ….B. Les initiés ( toujours eux) ou ceux qui feignent de l’être ( je me sens un peu solidaire avec ce dernier camp) savent que derrière ce B2B se cache une pratique commerciale, du type business to business…perdu ! Si on sort du vocabulaire école de commerce on retrouve une pratique, au départ « dos à dos » ou deux artistes se lancent dans un ping-pong musical et dialoguent, musicalement, avec harmonie (souvent), testostérone ( très souvent) et esprit de compétition plus ou moins avoué ( toujours). Là où ce modèle fonctionne à plein, c’est quand les deux artistes viennent d’univers différents ou, au mieux complémentaires, car le risque est grand, dans l’exercice du B2B, de remplacer le dialogue par un bavardage musical redondant ou pléonastique, genre le premier qui dit : «  je monte » et l’autre qui réplique : «  en haut ! ». 

Avec les deux premiers artistes à se prêter à l’exercice imposé ( Omiteee et Polaroiddd) on n’est pas loin de cet écueil même si l’univers qu’ils installent, warm up à souhait, n’est pas sans qualité. Comme ils sont deux, et qu’ils vont jouer deux heures, je tente un peu de percevoir les apports personnels et de distinguer la « patte » sonore de chacun. Si Polaroiddd ( ne pas oublier les trois D, ne pas oublier les trois D !) affiche très vite une aisance technique qui rend grâce à la fermeté du kick encore bien dompté, Omiteee ( ne pas oublier les trois E, ne pas oublier les trois E !) répond avec une sorte de fragilité juvénile qui n’est pas sans un certain charme mais qui donne tout de même à l’ensemble l’impression un peu studieuse d’un set très (trop) travaillé en avance et nous fait perdre du coup l’émotion de la spontanéité et d’un réel dialogue. C’est un peu comme si deux soliloques se faisaient entendre sans qu’on parvienne réellement à distinguer le sens ou le contenu même des propos. Reste que derrière cette entrée en matière on perçoit tout de même une belle bibliothèque musicale et une énergie qui ne demande qu’à se consolider et à s’affirmer. En tout cas, c’est une belle initiative que de permettre ainsi à de jeunes artistes de s’exprimer ainsi dans le cadre d’une soirée plus que « pro ».

Avec Matti et Angseth, on s’attendait à entrer dans la cour des grands et si j’avais déjà eu l’occasion de chroniquer les deux lors d’une soirée Portobello, c’est un vrai plaisir que de les retrouver sur ce grand plateau. Dès le départ la dictature d’un kick monotone disparaît avec les volutes mélodiques qu’Angseth balance avec la force d’un vétéran qui ne cherche pas à impressionner la bleusaille mais juste affirmer l’évidence de sa présence. Matti, lui, plus discret en apparence, saisit au bond toutes les perches musicales pour les relancer avec des variations qui viennent ciseler l’armature de l’ensemble. Une complicité joueuse et parfois taquine s’installe entre les deux artistes et prouve, s’il en était besoin, l’excellence technique et musicale des deux compères. Si la première heure, tendue à « donf » finit par pointer ses limites, que dire alors de ce final faussement bordélique oú les deux DJs se laissent aller à une douce folie à destination d’un public qui n’attendait que cela et qui, dans un débordement chorégraphique et parfois liquide ( ah la bière qui colle !) laisse éclater sans retenue sa joie. Dehors, par cette belle et chaude soirée printanière, je me plais, comme d’habitude à écouter les conversations et à entendre une partie du public ( des initiés, vraiment ?) attendre désespérément la suite parce que, pour l’instant ça ne « tabasse » pas assez !!! L’ivresse du gros rouge en cubi ( version hard tech à 180 bpm) fait des ravages dans ce milieu et il faudra bien des soirées pour …initier un jeune public à des saveurs plus complexes ou moins grossières. Ce sont là, peut être, les réflexions d’un vieux schnock mais pour ma part, présent depuis l’ouverture ( 22h) je commence à ressentir l’ennui (poli) d’un vieux drap qui attend la fin du cycle essorage dans une machine à laver …le cerveau. C’est un peu le risque avec des soirées trop monochromes esthétiquement, celui d’une forme de lassitude mais ce risque est en partie balayé par l’entrée en scène de NHM& LABN qui reprennent les codes du genre mais installent très vite une vigoureuse promenade sonore qui, tout en se détachant de l’esprit B2B, irrigue un set magistral avec la régularité méthodique d’un métronome qui se serait mis à faire la grève du zèle, tant il y aura de la surprise à les entendre en permanence détourner quelques bangers pour les forcer à entrer dans leur construction musicale. La classe !

Je repars, en vélo, sous une nuit presque estivale, en ne sachant pas si je suis un initié ou simple consommateur de soirée, mais avec la certitude d’avoir passé un très agréable moment, sans surprise mais avec une certitude : le collectif OIZ mène bel et bien, depuis quelques années, une mission …d’intérêt public ! 

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