Vendredi 28 août débutait la troisième édition du festival Maybe, à May-sur-Orne, à quelques kilomètres de Caen. Entre volonté caritative ( 50% des recettes sont reversées à la fondation du CHU de Caen) et désir légitime d’animation, Maybe semble s’installer dans le temps et marquer, localement, la fin de la saison des festivals. Sur place, on retrouve, avec assurance, l’essentiel des prestations attendues pour une entreprise de ce genre ; le tout sur un grand espace rassurant pour les familles et les enfants. Le public, bon enfant, profite d’une fin d’après-midi, et vers vingt heures, à mon arrivée, une petite foule déguste poliment les premières notes des Lanskies, la solide formation rock de Saint- Lô réformée il y a quelques mois. La voix de Lewis Evans fait mouche et le rock « pepouze » s’installe, avec ce qu’il faut de folie et parfois de conformisme. Les plus jeunes, casques de protection sonore solidement vissés sur le crâne, se lancent dans un pogo de cours de récré tandis que les parents s’agitent. L’heure est à la nonchalance, à la fin des vacances, entre relâchement et déni et The Lanskies en profitent pour se lâcher dans un live à l’anglaise, avec son flot de lignes simples à reprendre et une belle débauche de « grattes » qui se lâchent. Un son «rock » et festival parfaitement calibré qui, s’il ne brille pas toujours par une singularité authentique, ronronne avec la malice matoise d’un chat qui n’a pas oublié sa lignée féline.
Puis vient le temps de Trois cafés gourmands. Avouons que le line up est étrange tant l’esprit un dimanche avec Drucker du groupe corrézien tranche avec l’énergie des Lanskies. Festival généraliste oblige, Maybe mange un peu à tous les râteliers de l’offre musicale et Trois cafés gourmands remplit bien des cases : un groupe qui a connu son heure de gloire avec un (seul) titre au milieu des années 2010, et surtout une solide expérience dans les bals et les animations festives sur presque toutes les places occitanes. Le show, sans éclats, claque cependant par sa maîtrise technique et son professionnalisme, un peu comme ces orchestres de cure ou de croisière qui, soir après soir, font le job pour ambiancer une salle …variée. On l’aura compris, ce café n’est pas nécessairement ma tasse de thé mais il faut reconnaître au groupe une connaissance parfaite des codes de la variété française jusqu’à ce moment ( à la complicité toute travaillée) où le groupe rejoint le centre du public pour un moment de …partage. C’est efficace, formaté et généreux en même temps et il y a quelques choses de triste et de joyeux à observer ces « forains » de la musique transpirer pour nous, avec nous. Il est près de 23h30 et la quasi totalité du public rentre rapidement après sa dose de café gourmand et par là-meme, rate la folle et somptueuse prestation de Christine, du « roi Christine » devrais-je dire. Si la reine Christine évoque, au choix Greta Garbo ou l’inoxydable Ockrent, la Christine dont il est question ici est un dj. Vers minuit, quand il entre en scène, il reste peu de monde, très peu de monde, mais cela ne va en rien entamer la puissance radicale de son live. Après Trois cafés gourmands dans le bide, inutile de dire que la transition est radicale, provocante même. Son univers musical, sombre et langoureux à la fois, surfe sur des entrées Daft Punk gonflées d’hormones punks pour installer ensuite une atmosphère aussi apocalyptique que …dansante. Une heure pleine et sans concession, construite dans une composition exemplaire pour finir sur une fausse « berceuse » électro ponctuée d’une dernière claque de kicks. Finir ( ou presque ) l’été avec une pleine lune triomphante au-dessus de ma tête et l’ivresse glaçante et magistrale des boucles musicales de Christine est un cadeau, un pur cadeau !
Deux jours de festival, à l’image du vendeur, deux salles-deux ambiances : la soirée de samedi est plutôt orientée reggae avec la très attendue venue de Jahneration. Avant eux, vers 19h, le groupe Electrik Griots ne semble pas perturbé par cette confrontation et livre un voyage rasta-friendly avec un solide accompagnement de cuivres. Qu’on soit sensible ou pas à cette esthétique musicale, la prestation fait mouche, à peine perturbée par quelques petites ondées. Comme vendredi, chaque passage sur la grande scène est entrecoupé par un … dj qui, claquemuré dans le carré VIP, tente d’ambiancer le festival avec des choix qui fleurent bon l’animation d’un VVF, de Corrèze qui sait ? C’est, à mes yeux, la seule réelle faute de goût d’une édition plus que recommandable mais pourquoi gâcher un line-up qui honore les artistes locaux par de si piètres moments ?
L’annulation de Romzar me permet d’entendre le jeune rappeur caennais Entrepreneur local. Si on peine parfois à comprendre les textes, un message revient en boucles : celui du « mauvais élève ». À quelques heures de la rentrée, on se doute bien qu’une telle affirmation trouve une écoute complice dans le jeune ( parfois très jeune public) mais s’il se présente ainsi, je le soupçonne de faire preuve d’une fausse modestie avec son assurance scénique et sa façon de slalomer avec talent entre clichés ( les mocassins) et fausse pudeur.
Le temps de se « retaper » le dj foire à la saucisse, et Jahneration s’installe. Inutile de le confesser, le reggae me séduit, ordinairement, dix minutes et finit toujours par me lasser ( mais ne me dit-on pas la même chose pour les musiques électroniques que je défends ). Je reste pourtant scotché durant plus d’une heure devant le show complice proposé par le groupe et comment ne pas fondre quand, à la fin, Jahneration nous invite à rendre hommage à Naâman, le musicien reggae disparu prématurément l’année dernière. « Un frère est parti mais pas oublié », c’est en quelque sorte le message ( en anglais) qui passe à travers une rage nostalgique gorgée de musique et de tendresse. Quand, à la fin du show, les deux guitaristes s’apprêtent à quitter définitivement la scène, ils retournent leurs instruments et on peut lire, en deux parties : Love is the answer ! Certainement le résumé le plus simple, le plus juste d’un groupe généreux qui fait vivre la scène.
Mes oreilles saignent une dernière fois avant le dj-set final de Dual Vibes. En « petit » connaisseur de la scène locale, je suis leur travail depuis longtemps mais la pression d’un closing de festival, sur la grande scène, est forte. Armé d’une solide playlist rap, hip-hop et R’nB old school, le duo parvient à retenir un public qui, la veille, avait si cruellement fait défaut à Christine. On navigue entre Diam’s, Gwen Stefani et Eminem, comment faire de la mauvaise cuisine avec de tels ingrédients ? Les transitions sont parfois radicales et l’articulation entre les deux DJs éclipse souvent les personnalités au profit d’une efficacité truffée de tubes à même d’égayer les nostalgiques des années 90. Aimanté par la puissance des bangers balancés fougueusement, le public danse, rit et offre ainsi à Maybe un final efficace, à défaut d’être toujours audacieux. On se retrouve l’année prochaine puisqu’il semble désormais certain que Maybe s’installe dans la durée.
