Comme un grand bol d’air frais avant la guerre des tranchées ?

Jeudi soir, nous étions un (très) petit nombre de curieux à nous rendre à la Demeurée, un espace culturel associatif, campagnard et audacieux. Au programme, deux formations, GrandSorcière et Orage Plastique. Il faudrait plutôt dire une et demi puisque le dj, clavier, synthé est présent dans les deux et constitue même le pivot sonore des deux propositions. Ils viennent de Bruxelles, mais ont grandi à Caen, papa et maman sont dans la salle…

GrandSorcière, (synthé-voix) nous fait entrer dans un univers new-wave assez convenu, minimaliste comme il se doit. Pour l’accompagner, une voix bien posée navigue entre français et anglais. Les paroles de la jeune chanteuse vacillent entre amour triste ou désabusé et glorification de Morphée, in english of course. Ambiance dark-chic, lointaine nostalgie des années 80, ça fonctionne parfaitement.

Plus convaincant, dans l’énergie et la dynamique, Orage Plastique et ce beau dialogue entre “machines” et guitare électrique. Vainqueur du tremplin festival Dour (2017) les deux musiciens construisent un savant équilibre entre boucles de synthé et langoureuses réverbérations de cordes, sans excès de kicks, mais avec un soin tout particulier dans les montées rythmiques. Il y a toute l’énergie pour dynamiser un dancefloor et ce petit “plus” de la recherche acoustique exigeante qui indique clairement que nous sommes en face de deux fortes personnalités musicales. Belle soirée qui ne fait que confirmer chez moi ce sentiment que c’est du côté de Saint-Contest, en toute discrétion, mais avec pertinence et constance que se construit une aventure “electro”  passionnante. C’est rustique, éloigné du centre-ville, un peu “root”, mais pour qui aime cette musique, il va falloir placer cette adresse tout en haut de la liste….

Vendredi soir, au Trappist, quelques mots sur la petite bourrasque Ave.nue. Inspiration jazzy, funky, jerky, connerie(s), mais quel fraîcheur et quel plaisir de voir et d’entendre un bar se trémousser de bonheur dans un set provocant tellement il débordait de pistes qu’on n’entend presque jamais (plus?) à Caen, du ST Germain, du Bellaire, Dr Malinga (et son Uyajola 99 gorgé de vitamines), du Gino Soccio, j’en passe et des meilleurs. On se fout comme d’une guigne des transitions, on balance du son, de la vie et du plaisir et on en redemande. L’insolence d’Ave.nue c’est de se moquer comme d’une guigne de ce que les Caennais veulent (ou peuvent ?) entendre. Lui, son job ce soir, c’est de faire danser cette dernière soirée d’été, et il le fait avec ce dandysme parisien si crispant quand il n’est que posture, et si élégant quand il se nourrit d’une telle culture musicale ; encore une petite claque aux conventions de la nuit caennaise.

En attendant Nördik : le sujet qui fâche (vraiment !).

Autant l’avouer d’emblée, je n’ai pas envie de commenter longuement la programmation de ces deux soirées dont on connaît enfin la teneur. Je peux tout au plus regretter la logique “communautaire” des deux soirées, les “hardeux” du vendredi contre les “bourgeois “ de la house du samedi. Cette inutile guerre de tranchée entre les genres musicaux se retrouve une nouvelle fois renforcée par ces deux soirées qui dialoguent entre elles comme le cobra avec la mangouste. 

A quoi sert encore le Cargö ?

En milieu de semaine la communication “officielle” de l’évènement tombait enfin. Parlons-en, de cette “com” …..A l’heure où le moindre événement electro fait l’objet, sur les réseaux sociaux, d’un travail graphique de plus en plus soigné, voilà qu’on se retrouve avec un visuel WordPad absolument indigent, avec ce dégradé chromatique exécuté à la hâte par un stagiaire en CAP-menuiserie. On peut certes me répondre que je fais “ch…”, que la com on s’en balance, mais du coup, je repose ma question : à quoi sert alors le Cargö ? On sait que ces deux soirées ont été imaginées grâce à l’énergie de deux collectifs : Ipnotkika unit (Guillaume Jouvin, alias Darkvibe en tête) pour la soirée du vendredi, et Mad Brains pour celle du samedi. La programmation illustre la confiance et la collaboration de ces deux collectifs avec le reste de la scène locale, chacun la jugera à l’aune de sa connaissance du milieu mais on conviendra que ce qu’il y aura dans nos “assiettes” reste traçable. Reste donc la com et l’organisation, qui, elles relèvent exclusivement du Cargö. Si on peine à expliquer cette annonce si tardive (un mois avant l’événement !), le moins que l’on puisse dire c’est que ce temps perdu n’aura pas été mis au service de la campagne de pub. 

Problème (s) de direction, de coordination, de présidence, l’avenir pourra peut-être le dire mais là où ça devient plus cocasse c’est quand on sait que ce même Cargö organise, deux jours  avant les deux soirées, une grande table ronde pour enclencher (le phénix caennais n’est pas loin) une nouvelle dynamique Nördik en 2020.

Acteurs de la nuit “electro” caennaise, un peu d’audace !

Sous le patronage de la mairie de Caen, se tiendra donc le 16 octobre une réunion cruciale. Chacun devra y assumer ses responsabilités, et nul doute que cela se fera après la réaffirmation, par la ville de Caen, de sa volonté d’inscrire durablement dans sa politique un événement qui témoigne de la vitalité de ce secteur. Qu’on se le dise, Caen est une ville “electro”, elle a ses artistes pour le prouver. Se pose alors la seule question, en préambule, à toutes nouvelles propositions : le Cargö peut-il rester l’interlocuteur prioritaire et légitime pour animer le futur Nördik ou quelque autre événement dans le même esprit ? Je n’entends pas répondre à la question, je me contente d’en être le héraut, c’est à dire celui qui était autrefois chargé de porter les messages importants. En livrant ainsi, sur la place publique (des réseaux) cette question, je n’incite pas à la destruction du Cargö, bien au contraire, mais je dédouane le “pauvre” acteur solitaire du risque de se faire “blacklister” à jamais en osant la même question. Certes, cette réunion est organisée par le Cargö, mais cela ne doit pas nous faire croire qu’il n’est pas d’aventure “nördikable” sans ce même Cargö. Alors, mes ami(e)s de la nuit electro caennaise, un peu d’audace et beaucoup de créativité, et si la confiance est rompue entre la Smac et vous, il faudra bien le dire, avec amertume, assurément. Mais il serait très dommageable pour la scène electro locale que des idées neuves soient tues ou tuées dans l’oeuf parce qu’on ne voudrait pas enrichir une nouvelle fois les réflexions d’une structure qui ne porterait plus votre confiance. 

 

5 Replies to “L’avenir d’une grande messe electro à Caen.”

  1. Wahou… Si tu voulais te faire désirer le 16 octobre c’est sûrement gagné !
    Mais bien évidemment tu poses la vraie question (et sans doute la moins désirée) : Que doit être l’événement electo de demain à Caen ? Comment doit-il “infuser” la ville ? Comment doit-il être partagé avec les acteurs de l’électro qui oeuvrent tout au long de l’année ? La ville veut elle se réapproprier l’événement ou le confiner à l’action d’un lieu, d’une structure ? Et puis posons une question clé : Le Cargö en l’état actuel des moyens humains dont il dispose est-il encore en capacité de porter dans son projet de structure, un événement de ce type ?
    Le 16 octobre il faudra bien mettre tout cela sur la table des discussions sinon ça n’aura servi à rien !

  2. > Je peux tout au plus regretter la logique “communautaire” des deux soirées, les “hardeux” du vendredi contre les “bourgeois “ de la house du samedi.

    Hardeux du vendredi c’est vite dit… on est quand même sur le côté ultra festif (pour le dire gentiment) du hardcore… ça a plus à voir avec le grand huit et les auto-tamponneuses que la noirceur d’un hangar. Bourgeois de la house du samedi c’est vite dit aussi… quand on a par exemple un Keikari on parle d’autre chose.

    Enfin ça ne remet pas en cause la question de fond et la pertinence de ton propos.

    ps: Merci de t’exprimer (et de nous permettre de nous exprimer) ailleurs que sur un de ses réseaux soi-disant sociaux.

    1. Les deux termes sont certes porteurs d’une forme de caricature, mais dans ce cas-la, je suis moi-même un « hardeux-bourgeois-houseux… »Je ne souhaitais blesser personne avec l’usage de ces termes mais rappeler que cette logique de segmentation des publics est, à mes yeux, néfaste. Elle n’est porteuse d’aucune ouverture vers d’autres formes d’expression musicales, elle nourrit (gave ?)trop souvent jusqu’à plus soif un public et elle installe des logiques communautaires. C’est une logique de « marché » et non pas une logique d’ouverture. J’irai évidement aux deux soirées, et je suis content qu’elles existent, mais je suis un peu triste de cette « bunkerisation » des esprits, trop souvent inspirée par une simplification esthétique. Merci beaucoup pour ces paroles d’encouragements et tant mieux si ce « journal » peut servir à quelque chose.

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