En matière culturelle, et si on essayait le circuit court ?

Banane, soleil et Western …..

Long silence sur Cave Caenem, Covid oblige, mais ma dernière expérience de confiné du week-end méritait bien un  (petit) retour. 

En effet, hier, par un étrange hasard, je me retrouve à lire …caennais , et à écouter caennais (et un peu du côté de Lisieux aussi).

Les répétitions de Uhme, avec une création initiale le 30 avril et reportée en des temps plus radieux, expliquent un peu l’embouteillage sur ma table de chevet des livres à lire et l’accumulation des tracks à découvrir. Alors, ce dimanche, un peu comme un grand ménage de printemps, je décide de m’attaquer à cette mauvaise conscience culturelle et je remonte mon fil Facebook, histoire de reprendre un peu toute cette actualité musicale qui ne semble pas connaître la crise.

Les dernières “pépites” musicales de la mine normande…

Le moins que l’on puisse dire c’est que ça “bosse” en ce moment, du côté des producteurs normands. Le confinement, plus ou moins strict, et qui sait, l’absence de fêtes ou de soirées, expliquent peut-être cette incroyable énergie créatrice qui semble secouer la scène electro caennaise depuis le début de l’année 21. Des labels se radicalisent et affichent une politique créatrice de plus en plus exigeante, des lignes de force apparaissent ou s’imposent. 

Dimanche donc, c’est du côté de Bananas records que je vais traîner mes guêtres numériques et je tombe sur ça : https://youtu.be/1v92vNNBxK8. Comme c’est aussi un clip video ( et que faire une capture d’image youtube me gonfle), je vous invite à découvrir Fight for earth, la “mise en bouche” d’un futur LP au titre tout aussi apocalyptique : Geometry beyond Chaos. Derrière ce morceau, un nouveau blaze : Exdvayne (alias Nico Volt). Rien qu’en tapant tout ça je me demande si je ne suis pas atteint par une forme violente de migraine. Mais où diable vont-ils donc chercher des blazes aussi imprononçables ? Exdvayne donc, nous livre ici, en 4 minutes 36, une track construite aux “petits oignons”, avec ce qu’il faut de finesse introductive et qui, vers 1 minute 40, fait exploser un joli pied de nez rythmique qui claque habilement, et le tout, délicatement retombe, presque en douceur, dans la boucle initiale, mais comme traversée par le voyage qu’elle vient de subir. C’est net, tranché, et même si je n’ai jamais été un grand fan des animations de René Laloux (période Planète sauvage) je dois bien reconnaître que le travail sur le clip  ( réalisation My Gloomy Machine) illustre sans alourdir le propos musical. En tout cas, c’est là une belle preuve de la vitalité artistique de Bananas Records.

Solar Family, plus en forme que jamais …

Comme pour adresser un pied de nez à la période actuelle, le label lexovien Solar family nous livre un album 5 titres au nom qui claque :Collecting the future. ( https://push.fm/fl/ne6z3npz ). Inutile de dire qu’avec des artistes comme Angseth, Ethereal Structure, The Botched Noise Makers Committee -comme je le hais quand je dois saisir son blaze-, Ekzon et Bruderschaaft, je retrouve là des artistes qui ont presque leurs ronds de serviette dans Cave Caenem. Mais quel est donc ce “futur” que ces cinq-là se promettent de collecter pour nous ? Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il sera hypnotique et …minimaliste. Les cinq pistes, derrière lesquelles on perçoit aisément les personnalités propres des artistes ont pourtant en commun une matrice dépouillée, d’où émergent à peine deux blocs rythmiques qui charpentent à chaque fois toutes les pistes. Avec Bruderschaaft, le futur évoque l’envol infini d’un hélicoptère qui, sur une cadence impertubable, survolerait un continent qui n’est plus qu’un écho de voix lointaines. Le paysage sonore, vu de très haut, file et se défile dans un voyage en mode “ambient” qui caractérise si bien le style des deux compères. Ekzon, quant à lui cloture l’album (positionnement judicieux, à l’image des autres pistes qui tissent un réseau d’échos des plus plaisants) et évoque un rituel alien ( aliens rites, au pluriel !) d’où semblent surgir des cris numériques primitifs donnant là encore, à la piste, une dimension planante et introspective très efficace. L’album débute avec la contribution d’Angseth qui semble profiter pleinement de son exil écossais. Avec Cells interlinked, il laisse exploser des coups de massue sur des bidons qui laissent place, inexorablement, à des volutes de synthé. Telle une vis sans fin (pour un futur sans fin ?), le morceau progresse dans son implacable rigueur mais comme toujours, avec lui, il y a cette petite pointe “house” dansante en diable qui vient encanailler ( et humaniser) une architecte qu’on aurait pu craindre trop rigide.  On retrouve ensuite, avec grand plaisir, une piste d’ Ethereal Structure qui nous entraîne dans les étoiles avec Gamma gruis. On ferme les yeux, on peut même revêtir la combi de Thomas ….Pesquet et on laisse le compte à rebours d’une étrange sirène faire son oeuvre. C’est peut-être la piste la plus hypnotique de l’album, celle où la volonté du dépouillement mélodique est poussée à sa plus forte extrémité. Avec the Botched ….( c’est troooop long comme nom !) on nous invite à une débauche – Dungeons of debauchery – et comme toujours avec cet artiste, c’est frontal, immédiatement, sans vaseline, sans gel, sans rien ! On entre sans préavis dans un kick omniprésent d’où se détachent, par bribes, des évocations musicales de films d’horreur, genre les démons nous (vous) observent. C’est tribal, glacial mais c’est surtout radical en diable ! Je ne sais pas trop si c’est dans ce futur que je souhaite finir mes jours, mais ces cinq pistes ont le mérite de nous faire voyager ….

Western: un bon polar caennais 

Pour finir, histoire de continuer mon apologie du circuit court culturel, j’ai écouté toutes ces pistes, ( plutôt deux fois qu’une pour certaines) en lisant le dernier polar d’un auteur caennais François-Michel Dupont. Le titre, Western, évoque plus le grand ouest américain que le nôtre mais c’est une découverte plaisante. Grand lecteur de polar, j’avais un peu d’appréhension à découvrir ma ville comme …scène de polar. L’intrigue se déroule en effet presque exclusivement entre la Grâce de Dieu et L’Ile enchantée (Fleury). C’est assez troublant, ce voyage non pas autour de ma chambre mais autour de ma ville, et comme c’est déroutant de mettre en “images”  l’ensemble des lieux évoqués. On retrouve les ingrédients classiques du polar à la Française, avec sa dose de paumés de la vie, ses flics torturés mais braves et les petits second rôles issus tout droit d’un film des années 50, vocabulaire “wesh-wesh les darons” en plus. La lecture est fluide, à peine “alambiquée” par un jeu assez habituel de retour en arrière et le Maigret local, Philippe Pesqueur, ne bouffe pas toute l’intrigue en laissant se développer un “loser” attendrissant dans sa rédemption finale. Pour faire écho à la nouvelle résidence D’Angseth, Western n’a pas la force d’un livre de Ian Rankin, mais Edimbourg n’est pas Caen. Pour répondre aux nouvelles injonctions culturelles des écolos, je ne suis pas certain de pouvoir  vivre en totale autarcie culturelle caennaise, mais Cave caenem tout de même, autrement dit, nous ne sommes pas les plus mal chaussés !

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