Guinguette électro #5 : mon université d’été !
À la fin de l’été, les partis politiques se donnent rendez-vous pour parler « boutique » et surtout ranimer la flamme des sympathisants. Sous l’appellation, parfois trompeuse, d’universités d’été, ces rassemblements, surtout en période électorale, donnent aussi un premier aperçu des programmes en organisant une sorte de tour de chauffe avant la grande bataille ( présidentielle).
Depuis cinq ans, le collectif Senary, avec sa guinguette électro, nous propose un peu le même principe : réunir de manière festive les «sympathisants » de la cause électro tout en veillant à s’ouvrir à un public plus large, pas nécessairement acquis.
La recette, s’affinant d’année en année, est en passe de devenir un succès éclatant et si le temps est de la partie, ce mini-festival en plein air, gratuit, coche toutes les cases d’une excellente animation culturelle.
On peut imaginer les sueurs froides des organisateurs vendredi soir, face à la météo plus que morose mais le soleil est là et vers 16h, à mon premier passage, Laohu fait vrombir sa machinerie dance devant un parterre familial plus ou moins complice ou circonspect. Laohu a bien compris qu’il faut ratisser large, musicalement, tout en veillant à ne pas se renier et cela donne un set dynamique qui, sans heurter les oreilles profanes, glisse ça et là quelques pépites «centristes » s’il fallait poursuivre la métaphore politique. On est, quelque part entre Bodrum et Ibiza, et c’est « quali » sans être vulgaire ce qui, avec l’EDM, reste un défi !
Sur place, on retrouve les stands habituels et fort heureusement une (petite) amélioration dans la gestion des bars même si, au fil de la soirée on fait la queue non sans papoter avec les autres, c’est ça aussi ( et surtout) la magie de la guinguette, ce plaisir de la rentrée des classes, cette assurance de retrouver mes complices de la nuit electro caennaise. Au-delà du rendez-vous festif, la guinguette est parvenue, en quelques années, à devenir ce moment stratégique qui ouvre la saison musicale. Quelques agencements inédits renforcent l’identité de l’événement comme cette immense portique jaune, à l’entrée du site qui semble nous dire, à l’inverse de l’Enfer de Dante : « Vous qui entrez ici, laissez tous vos soucis ! ».
De retour vers 19h, soigneusement préparé par des basses audibles de très loin, Vertuøze, en B2B avec HCo, déplacent un peu le curseur électoral vers une gauche un plus progressiste. Inutile de dire que mes métaphores politiques n’engagent que moi et qu’elles ne sont en rien des accusations. Avec les deux DJs, on passe du short de plage Vilebrequin au tatouage tribal ( à noter que chez les « bobos » ce n’est pas contradictoire). Le dialogue complice entre les deux DJs fait plaisir à entendre et confirme l’impression d’un line up maîtrisé aux petits oignons qui va, subtilement, nous faire glisser dans des zones esthétiques de plus en plus …extrêmes. Contrairement à l’après-midi où le public hésitait à danser, la piste est pleine à craquer et déguste avec une ivresse (raisonnable) la montée en tension des bpm(s) et des kicks. La foule est diverse, variée, des jeunes, des vieux, des « stylés » côtoient des short-claquettes et ce brassage social, loin des communautés partisanes, fait plaisir à voir.
SPRNS, fidèle à elle-même, embarque le public, plus complice que jamais, dans son univers « remixé » ou l’Insomnia légendaire de Faithless entre en collision frontale avec un remix de Deeper love. Comme à la foire, c’est parti pour un énorme tour de manège, sautillant à souhait. La nuit est tombée depuis longtemps et la boule à facettes fait miroiter les frondaisons du parc de Biez de Mondeville et des danseurs, dans le public, se lâchent sur des pistolets à bulles qui s’éclatent en montant dans le ciel sous les yeux émerveillés des enfants encore présents ( avec casque !). Ce n’est peut-être pas le paradis mais pour ma part une ambiance aussi cool, je veux bien en faire mon enfer !
Avec Slipstream, on change encore de braquet : finies les voix soul « sur-pimpées » en bpm, place à l’austérité radicale d’une techno qui galope, galope, galope. Plus aucune voix pour enrober la musique mais l’évidence d’une construction rythmique. Mine de rien, en suivant de bout en bout cette guinguette, on pouvait se faire un voyage dans la jungle électro …
Le closing de la soirée nous invite à découvrir le live de Greeds. Si j’ai pu émettre, parfois, quelques réserves sur cet artiste, il nous aura livré, hier soir, une prestation indiscutable. Les lignes mélodiques, aussi rares que précises, servent de trame à une puissante montée en tension. L’exercice du live ( le son est composé en direct) est périlleux avec un double risque : celui d’un discours trop préparé à l’avance et celui de l’impro qui finit sur le bas-côté. Greeds tient fermement les rênes de son live tout en laissant respirer ses boucles musicales. Cela donne plus d’une heure de haute voltige et confirme, s’il en était besoin, la bonne santé du collectif Senary.
Comment ne pas être admiratif devant l’énergie de Senary qui, contre vents et marées, sans aucune aide institutionnelle pérenne, peut aussi insolemment, organiser un tel événement. S’il fallait une preuve ( politique !) pour justifier la vitalité et la nécessité du tissu associatif en France, il suffit de se rendre à la Guinguette. Quelle autre institution culturelle peut se targuer, sans jamais trahir l’exigence artistique, de réunir un public aussi divers socialement ? C’est aussi et peut-être surtout pour cela que je milite à ma façon pour qu’on reconnaisse à juste titre cette culture « electro ».
