Saint-Sauveur … à la renverse.
Jusqu’au dimanche 4 octobre, l’église du vieux Saint-Sauveur nous invite à revoir, ensemble, le vocabulaire maritime et plus précisément cette « renverse » qui se prête à toutes les interprétations.
Au sens propre, ce terme désigne cet instant particulier où la marée change de sens, si on ajoute les expressions qui en découlent, il y a de quoi tomber … à la renverse.
C’est donc autour de cette idée de changement à la fois régulier et radical que nous invite l’association Caramb’Art avec sa nouvelle exposition collective autour des arts visuels. Dix artistes donc, qui, avec leurs techniques et leurs approches sensuelles, poétiques et (ou) intellectuelles, nous invitent à découvrir leur interprétation de ce thème, de ce sujet.
Installations, dessins, photos … tout un ensemble de propositions qui forment, mine de rien, un éclairage stimulant. Comment rendre compte de cette idée de renverse tout en proposant d’abord une approche sensible. Sylvie Lelouard, par ailleurs présidente de l’association, fait mouche avec ses bandes magnétiques. Cette « marée noire de ses nuits blanches » délivre efficacement l’apparente modestie de son propos. Mais en s’approchant, on découvre un travail délicat de plis et de replis sur les bandes magnétiques, comme une illustration évidente des boucles obsessionnelles qui vous assaillent la nuit tombée. Richard Simon ( le seul homme de l’équipe ) présente une structure encore plus simple, ultra simple même, avec ses 25 boules blanches qui flottent dans l’air en formant des pointes de flèches. Où est le point de renverse, et vers quel centre pointent ces flèches ?
Incontestablement le sujet est traité par tous les artistes, parfois avec une certaine naïveté ou parfois, comme avec l’installation de Jeanne Villeneuve, avec une force narrative et interprétative puissante. Deux sabliers, sur deux supports mobiles, nous narguent. Faut-il simplement les observer, les faire tourner ? Je me lance et, aussitôt, s’installe la machine à interpréter. Toute cette installation ne serait-elle là que pour rendre sensible notre cœur, quand il est à la …renverse ? Moitié vide, moitié plein, en fuite ou en tas, mobile ou statique et qui pour faire tourner ce cœur-sablier ? La simplicité formelle du dispositif n’en rend que plus fort l’ivresse des interprétations. Ce qui se conçoit bien, pour parodier Boileau, se montre simplement !
Avec ses sept autres camarades de jeu et de manipulation, on pourra retrouver Jeanne Villeneuve, demain ( le 2 octobre ) et samedi. Au sein de la compagnie Le Monde d’après deux mains ( les « enfants » des ateliers-amateurs du Sablier-Ifs), ils nous invitent à des « surprises marionnetiques », un terme choisi avec pertinence. Lors du filage de ce soir j’ai pu apprécier la délicatesse des trois tableaux proposés, vingt petites minutes délicates durant lesquelles le spectateur est appelé à suivre un monde fait d’objets, de mains, de visages en papier. Derrière ce dispositif modeste, un monde silencieux, une marée de tendresse qui se tire, s’étire et se retire. Vingt minutes et le silence de l’exposition reprend ses droits. Happening frêle et sensible, ces « surprises » méritent toute notre attention et c’est …gratuit. Si les travaux du tram et autres désagréments ne vous gênent pas, passez par l’église du vieux Saint-Sauveur !
