On va tout de même pas se laisser abattre ! 

 Les nouvelles du “front” sont médiocres (toujours cette maudite rhétorique guerrière …) et au risque de passer pour l’oiseau de mauvaise augure de service, ce n’est pas demain qu’on risque de se retrouver dans nos lieux favoris, et encore moins la semaine prochaine. Bref, on apprend plus ou moins bien à prendre son mal en patience, on butine sur les réseaux, on fait le tri entre conspirationnistes, les déclinistes, les fatalistes ou les optimistes, on range ses placards, on fait ses carreaux, on retourne sur les réseaux, et puis on se dit que c’est peut-être le moment ou jamais de revenir à l’essentiel. 

En ce qui me concerne, au-delà de tous les appels à retrouver ma paix intérieure et autres messages chamaniques à deux balles, je me contente de me rappeler que la raison d’être de ces billets Cave Caenem, c’était avant tout de rendre compte de ces “chiens” caennais (ou normands, ne soyons pas trop limités !), d’où ce titre même, qui, je le rappelle une nouvelle, est un médiocre jeu de mots sur le CAVE CANEM que les Romains mettaient devant leur villa pour prévenir du chien méchant. Ce n’est donc pas parce que les nuits electro normandes sont ( pour un temps encore) figées dans une amère nostalgie qu’il n’existe pas par ailleurs une “actualité” electro passionnante et stimulante. Et comme on n’a plus le “live” et son  hypocrite supercherie, les artistes locaux qui s’exposent en ce moment prennent le risque de l’écoute solitaire, voire celui de l’écoute en boucle. Débarrassés de l’image, du glamour un peu trop “vendeur” de la fête et de la nuit, on se retrouve, de fait, à écouter. Voici donc quelques petits retours sur mes dernières “écoutes”….

Les “chiens” qui mordent du moment …

On quitte un peu Caen, pour se rendre du côté de Lisieux. C’est le fief de la Solar Family qu’il est inutile de présenter ici, d’autant que, comme avec toutes les familles, on se perd un peu dans les ramifications multiples, mais toujours aussi audacieuses, Bruderschaft en tête.

Solar Family donc qui nous propose un deuxième EP : Noviomagus, une composition originale proposée par ….attention le nom est à rallonge : The Botched Noise Maker Committee. Il y a quelques semaines, mais avec ce confinement on perd ses repères temporels, j’avais rendu compte d’une très belle soirée Ragondingues au Camino et c’est ce même The Botched Noise Maker Committee qui offrait, ce soir-là, un final magistral. Pour ce deuxième EP, Solar Family concentre toute sa force créatrice dans des propositions de remix autour du titre original Noviomagus. Les plus experts pourront, s’ils le souhaitent, identifier les artistes qui s’adonnent ainsi au plaisir de la variation, et pour les autres, c’est une belle occasion de s’initier à cet art du remix et ce à partir d’un thème, aussi clair dans sa structure que sombre dans son inspiration. Noviomagus, dans sa version originale, commence par dresser un décor très “ambient” avec ce long et lent déferlement  de cymbales tout juste perturbé par une lointaine sirène. Aucun “kick”, rien pour perturber la montée angoissante d’une tension, puis, vers les trois minutes, une première nappe d’orgue synthétique semble animer ce décor musical soigneusement posé. Une boucle d’accords simples s’installe, imperturbable et on entre comme dans un palais sous-marin ( pour les images, je vous laisse à votre libre interprétation, si la musique était narrative, on aurait tout de même fini par le savoir…). En tous cas, moi j’ai cette impression d’évoluer dans un univers aquatique où domine le plaisir de la contemplation sonore (oui, je sais dans le genre paradoxe, c’est pas mal !), ou, pour le dire encore plus précisément, d’entrer dans une sorte de sidération joyeuse ( toujours un paradoxe) et s’il fallait le traduire en “images” consensuelles, c’est un peu comme si je chevauchais l’espadon de Donkey Kong, sauf qu’ici la métaphore s’annule parce qu’on n’est pas en présence d’une musique de jeu vidéo mais d’une composition poétique et rêveuse.

Pour son “remix” de Noviomagus, Weiser renforce le côté “ambient” de la piste originale, et module des sons qui ne forment plus alors une continuité mélodique mais un “tapis” impressionniste tout juste foulé par des traits de cymbale, c’est …cool.

L’approche d’Ekzon, encore plus radicale, consiste à prolonger, sans aucune explosion finale, une tension de départ, qui, seconde après seconde, nous frustre et nous comble en même temps tant elle nous maintient dans un état d’attente et d’éveil.

La dernière approche de Noviomagus – Barkovitch’s Plan Edit nous ouvre une vision en cinemascope d’où surgissent des galops percussifs qui structurent l’ensemble, là encore une vision s’exprime.

Merci en tout cas la Solar Family pour cette nouvelle proposition.  Ce n’est certes pas un EP qui va donner un claque à la morosité actuelle, mais dans son entêtante architecture mentale, il nous propose un “son” mélancolique pour un voyage introspectif de qualité.

https://solarfamilyrec.bandcamp.com/album/noviomagus?fbclid=IwAR3YlO8HvvJMDXu7cnYd0XAW2ZCfnjHx3akKPIkz5otyNE780nw6-Um4Q90

Autre plaisir du butinage sur les réseaux, la découverte hier, d’un live facebook de Herr Krank. Herr qui ? Herr Krank ! Pour cette découverte je me dois de remercier Normandie Electro et son méthodique travail de recensement des “events” electro normands. Depuis quelques temps déjà Normandie Electro nous invite à des événements live sur le réseau et c’est par curiosité que j’ai suivi ce live d’hier. J’avoue que je ne suis pas un grand amateur de ces pratiques qui frisent parfois l’onanisme, passe encore quand on nous fourgue un “boiler room” avec quelques invité(e)s qui se dandinent, mais voir, durant près d’une heure un dj dans sa piaule, c’est tout de même pousser assez loin l’amour de l’electro. Eh bien, est-ce en raison du confinement, du printemps qui frappait aux vitres, ou simplement en raison de la qualité du set, je me suis fait avoir ! La proposition d’Herr Krank était comme une bulle de vigueur et de fraîcheur. En triturant habilement des sonorités jazzy, funky, sexy, il est parvenu à me faire oublier, pour un temps (et ce n’est pas rien !) l’actualité. Un casque sur les oreilles, et c’est parti, une véritable claque contre les mauvaises humeurs !

Et Zinké Jalien sur son balcon.

Un mot  pour rapporter la généreuse initiative de Zinké (Jalien) qui, depuis deux semaines, nous livre son “live” en direct de son balcon. Comme toujours avec lui, c’est gorgé de bonnes vibrations, alors même si c’est un peu “crade” dans la captation du son (live facebook oblige), quelque chose d’une joie de vivre, d’un  plaisir de mixer pour la terre entière transpire dans cette proposition. 

Et pour finir en beauté, comment ne pas parler de la dernière playlist du Far. Je rappelle, pour les plus ignorants, que Le Far est l’Agence Régionale des Musiques actuelles en Normandie.

Le Far nous livre cette semaine sa deuxième playlist consacrée aux artistes normands, je ne résiste donc pas à relayer ici la piste impeccable d’Angseth qui figure dans cette deuxième sélection…Sourions, la création normande n’a pas dit son dernier mot et quitte à rester chez soi, autant que ce soit en bonne compagnie …musicale !

https://www.le-far.fr/playlist-02

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