De la défaite de la Musique à la victoire de….

Dimanche, vers 14H 30, il fallait une forte dose de militantisme pour se rendre du côté de l’ église Saint Pierre. 

Covid oblige, et contradictions multiples, rendaient cette nouvelle édition de la Fête de la Musique plus normande que jamais, avec ce côté p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non qui sent tout de même le vieux Calva frelaté ! 

Sur le papier donc, un non-événement assuré et la promesse d’une vadrouille en rase campagne citadine avec biniou en embuscade et djembé en point d’orgue symphonique.

Du militantisme donc (et de la confiance) pour répondre présent à l’invitation du collectif Senary qui investissait l’arrière de l’église saint-Pierre, depuis longtemps déjà un “spot” incontournable le 21 Juin. 

Occupation légale, illégale, imprudente, provocante …. on pourrait discuter des heures sur la démarche de Senary, un peu comme cette police municipale, qui dès 15H, est sur les lieux et s’emmêle un peu les pinceaux dans les menaces, l’écoute, la pédagogie et le “on comprend bien”, sauf qu’au final plus personne n’y comprend plus rien. D’autant plus qu’à quelques mètres de là, des barrières balisent un couloir en raison de cette même …fête de la Musique ! Le flou sur l’organisation de cette fête est à rechercher du côté du Ministère de la Culture et on ne peut que remercier la police municipale d’avoir fait preuve d’un zèle de façade tout en laissant l’équipe de Senary poursuivre son coup d’éclat, jusqu’à faire de ce lieu la plus “sonore” des MANIFESTATIONS musicales. 

Senary a eu les “couilles” de le faire, de poser du son, d’installer toute son équipe, et au plus fort de la “mini-crise” procédurière, de signer avec bravoure son geste en apposant sur les barrières un bandeau noir qui signait le “forfait”. Acte irréfléchi ? Provocation “potache”?  Rave citadine ? Mutinerie techno…. je laisse libre parole aux polémistes de tous âges ( et je constate que sur les réseaux sociaux, les “vieux” n’ont plus  le monopole du “petit con” destructeur). Au nom d’un hygiénisme bienséant on torpillera Senary, ou on en fera les héros éphémères d’une vaine résistance, mais THEY DID IT !!!! 

Il y avait hier, derrière Saint-Pierre, et grâce à Senary, une anarchie joyeuse  ( et pourtant maîtrisée de bout en bout) qui faisait plaisir à voir et à entendre. Evidemment que les règles sanitaires en ont pris un (sacré) coup, mais pas plus qu’avec  les badauds ( de respectables familles avec enfant(s) ainsi que de vénérables têtes (très) grisonnantes ) qui, du côté du port s’extasiaient  devant des performances hip-hop… 

Une forme de déni donc, un “relâchement” ponctuel (mais bon enfant) pour un public sevré depuis des mois de toutes manifestations musicales “live”. Je n’ai pas envie d’être hypocrite et j’assume pleinement l’ambiguïté de mon discours enthousiaste teinté d’une nuance de compréhension devant l’indignation légitime de celles et de ceux qui ne pouvaient supporter de voir cette petite foule en liesse. Mais, Dieu, que c’était bon de “pécher” à nouveau au milieu de ces jeunes, de ces quelques “vieux”, de ces amoureux de longue date de la musique electro et de ceux qui, passant par là, se sont tout simplement laissés emporter par cette bacchanale. Des djs, eux-mêmes, nous ne dirons rien, toute la fine équipe de Senary (et puis on ne sait jamais, je suis peut-être sur écoute !!!), des options musicales retenues, on se contentera de dire que ça “tabassait” grave parfois, et on peut tout au plus “finasser” en regrettant peut-être que l’équipe se soit laissée emporter par l’ivresse de sa propre fête qui prenait si bien avec le public au risque de “brouillonner “ un peu l’ensemble…Mais Senary DID IT ! et pour cela, pour cette fougue juvénile, pour cette “folie” on peut dire qu’ils ont marqué une date “historique” dans la toute petite histoire de la vie electro caennaise. 

Et pendant ce temps-là ?

Waterloo, morne plaine, Caen morne scène, rien à se mettre sous la dent, si ce n’est  quelques “sonos” s’échappant de balcons, quelques petits “happenings”, mais rien de cette ambiance “merguez-NRJ” associée depuis des lustres à la fête de la musique. Dans mon “carnet de bal” mondain et musical, il me restait à honorer la proposition de l’ Abreuvoir avec son  cohérent et stimulant plateau artistique. Glisser ainsi de l’énergie brute de Senary à la proposition “classe” et experte de l’Abreuvoir, c’était faire l’expérience du monstre à deux têtes qu’est cette musique techno, sauvage côté pile, suave et langoureuse côté face. The Ferryman, (Dams) Blue, Ckurt et Tib’z pour un aperçu délicat des facettes chatoyantes d’une musique qui se prête aussi bien à un “chill” de haute volée ( The Ferryman) qu’à une descente minimale vers des paysages sonores pointus et dans le genre je ne peux que souligner la belle intervention de (Dams) Blue qui, avec un large recours aux tracks de Truncate, aura mis le feu à cet Abreuvoir, ce qui est tout de même un comble. Décidément, en faisant le pari de relancer une vie “electro”, L’Abreuvoir est en passe de gagner et “sa” fête de la Musique aura été un moment d’une extrême cohérence et d’une très haute exigence artistique. De quoi sauver cette négligeable édition 2020 de la Fête de la Musique caennaise.

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